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13 août 2008

Contre-attaque sur le Nakdong, août 1950.

14 août 1950, périmètre de Pusan.
Six semaines à peine après avoir déclenché son offensive le long du 38e parallèle, l’Armée populaire de Kim Il Sung occupe 90% du territoire sud-coréen. Dos à la mer et retranchés à l’extrémité sud-est de la péninsule dans un rectangle d’à peine 80 klm sur 120 (dit le « périmètre de Pusan », du nom du grand port reliant traditionnellement la Corée au Japon, et principale voie d’accès pour l’acheminement de l’effort de guerre US), les rares unités survivantes de l’armée du sud et les troupes américaines de la 8th Army se préparent à défendre la dernière barrière naturelle d’importance : le fleuve Nakdong.


«Il n’y aura plus de recul, de retraite ou de ‘réajustement de lignes’ de quelque nature que ce soit » déclara le général Walker, commandant de la 8e Armée US, « Il n’y a plus de lignes derrière lesquelles nous pouvons battre en retraite. »

Profitant d’un ample méandre de 8 klm sur 6 situé sur le cours inférieur du fleuve et formant comme un saillant vers l’ouest, la 4e division nord-coréenne (qui détient le titre de « division de Séoul » en reconnaissance de sa participation à la prise de la ville) traverse le fleuve à gué et de nuit, sans préparation d’artillerie. Fer de lance de l’offensive, le 18e régiment d’infanterie s’engouffre profondément dans le secteur tenu par la 24e division US.


La ligne de défense conçue par les Américains inclue une série d’avant-postes accrochés aux plus hautes collines offrant une vue plongeante sur le fleuve et ses principales voies d’accès. Mais la véritable ligne d’arrêt se situe quelques km en arrière où les réserves se tiennent prêtes à contre-attaquer dès qu’un de ces postes d’observation aurait signalé une tentative de franchissement du fleuve. Par crainte d’ennemis infiltrés les autorités militaires ont ordonné l’évacuation des civils sur près de 8 km à l’est du fleuve. L’artillerie et les mortiers sont eux aussi retranchés en arrière, pointés sur les zones probables de franchissement. Ils sont disposés de manière à contrôler également les hauteurs et le maigre réseau routier.

La contre attaque américaine prévue pour 6h30 le matin du 14 août a pour objectif une poussée frontale des éléments de réserve jusqu’au fleuve, détruisant de fait la tête de pont nord-coréenne.


Rapidement constituée dans la nuit, la Task Force Hill dispose d’un bataillon du 9e régiment d’infanterie (le 2/9) et de 4 compagnies du 5e régiment des Marines (2e brigade provisoire). L’urgence de la situation, les renseignements fragmentaires joints à la rudesse du terrain et au mauvais état du réseau routier ne permettent pas d’acheminer un nombre d’unités plus conséquents dans un délai si court. Sachant cela, le colonel Hill espère bien compenser la faiblesse de ses effectifs par l’usage intensif de l’artillerie et de l’aviation. Quatre batteries complètes (deux de 105mm et deux de mortiers lourds) sont positionnées en appui direct. De même, Hill sait pouvoir compter sur l’intervention des Corsairs du Tactical Air Command des Marines pour peu que la météo soit clémente et que ses radios puissent fonctionner dans ce terrain obstrué. Enfin, comme un luxe, quatre chars lourds M26 Pershing détachés du 1st Tank Batallion apportent le soutien de leur tube de 90mm.


Face aux Américains, les trois bataillons du 18e d’infanterie de l’Armée populaire (accompagnés de leurs unités de soutien : compagnies lourdes, mortiers lourds de 120mm et pièces antichars de 47mm) ont été rejoints par une section de 3 chars T34/85 (mystérieusement échappés à la vigilance du Tactical Air Command).


Le gros des compagnies est retranché à contre-pente des deux principales collines (deux bataillons sur la côte 207, le troisième sur la côte 165, appelée Cloverleaf du fait de sa forme de trèfle).


Les observateurs, snipers et nids de mitrailleuses sont, quant à eux, poussés en avant des crêtes ou camouflés en lisière des rares zones buissonneuses.


A l’heure H, Marines et Gi’s de la TF Hill franchissent la Start Line et se portent en avant des lignes de crêtes qui constituent leur premier objectif. (côte 207 pour les Marines, Cloverleaf pour le 2/9).


Comme prévue, la préparation d’artillerie arrive sur les localités de Tugok et Yongsan, deux villages nichés à flanc de colline (et non défendus par les Nord-coréens, à l’exception de quelques snipers laissés en embuscade) ainsi que sur Cloverleaf .


A gauche, 2 compagnies de Marines ouvrent la marche, devancées par la section de mitrailleuses. Les premiers Leather Neck (« nuques de cuir » : surnom donné aux Marines), pliés par le poids de leurs Browning calibre 30 et assommés par la moiteur de l’été coréen, atteignent le fond de vallée face au village de Yongsan. Ils avancent laborieusement dans les rizières boueuses quand un feu de barrage de mortiers de plus en plus soutenu finit par les clouer sur place. En arrière sur la Start Line, le chef de bataillon Bill Murray dispose ses propres mortiers en batterie et commande de faire presser le pas à ses deux autres compagnies restées en arrière sur la zone de concentration.


 A droite, les 3 compagnies du 2/9 entament leur ascension de Cloverleaf en direction de Tugok et atteignent le sommet de la crête sans difficulté.


Face à eux, situées en contrebas, apparaissent les lignes avancées d’un bataillon nord-coréen retranché. L’œil vissé à ses jumelles, l’observateur d’artillerie note les coordonnées de tir et l’opérateur radio tente de joindre le PC de tir des 105 situé quelques kilomètres en arrière. De son côté, le lieutenant-colonel Harry Newton, commandant le 2/9, organise sa boutique : mitrailleuses et mortiers en batterie sur le sommet, les compagnies Abble et Baker en tirailleurs à droite, Charlie en réserve sur la gauche, face au village de Tugok encore fumant.


Sur la route d’Obong-Ni au centre, la section de M26 se tient prête à couvrir les flancs des deux bataillons en progression. Quelques dizaines de mètres seulement en arrière de la colonne de chars, le colonel Hill (commandant la Task Force ) accompagné du contrôleur aérien attend que les premiers rapports de situation lui parviennent.


A quelques centaines de mètres plus à l’ouest, sur la côte 207, le camarade caporal Park jure et rejure en pestant contre son poste de radio « made in china », aucun contact avec les tubes de 120mm. De sa position privilégiée, il peut pourtant apercevoir les Marines cloués dans les rizières en contrebas et l’avance du 2/9 trois kilomètres plus loin sur sa gauche.


Lorsque il obtient enfin le contact, il demande un tir de barrage sur Cloverleaf. Mais difficile d’évaluer les coordonnées à cette distance, le réglage est imprécis, et le barrage tombe dans le vide entre les lignes. Rien à faire se dit-il en remballant son équipement, il faut se rapprocher…. De son côté, le camarade colonel Lee, chef du premier bataillon positionné en avant de la ligne de crête, reste perplexe devant la concentration des Marines sur sa gauche. Il envoie une estafette à chacune de ses 2 compagnies de droite pour leur demander de serrer plus sur les débouchés des Yongsan.


Face à Yongsan justement, la situation des Marines devient problématique, aux tirs des mortiers de 82mm se joint bientôt celui des mitrailleuses nichées au sommet de la côte 207. Les hommes de pointe sont toujours cloués dans la boue des rizières tandis qu’une section de la compagnie A commence à refluer en désordre pour s’extirper de la zone de danger. Exaspéré, le ltc Murray a perdu le contact avec ses chefs de compagnie, le bataillon n’avance plus.

Au centre, sur le bas côté de la route, le colonel Hill perçoit la situation et demande aux chars de soutenir la progression des Marines avec leurs pièces de 90mm, sans grand effet. Le contrôleur aérien demande de toute urgence une frappe au napalm sur le sommet de la côte 207.

Sur Cloverleaf, le ltc Newton fait couvrir la progression de ses fantassins par tous les moyens dont il dispose en pilonnant le bataillon ennemi situé en contrebas. Mitrailleuses, mortiers, tubes de 105 et canons sans recul se déchaînent contre les nord-coréens qui se recroquevillent dans leurs trous d’hommes.


Il est maintenant 8H30 du matin. Les Marines, toujours cloués par les salves de barrage des 82mm et les traçantes des mitrailleuses, rampent à l’abri des diguettes. Certains reviendront au pays en conservant une aversion fatale contre le riz, constatant sous leur nez la nature exacte de « l’engrais naturel » dont se servent les coréens pour le fertiliser. D’autant plus que les pertes commencent à s’accumuler dangereusement, surtout parmi les officiers et sous-officiers qui tentent vainement, encore debouts, d’exhorter leurs hommes à avancer vers Yongsan et les hauteurs situées au-delà.

Sur la côte 207, l’observateur Park court rejoindre une nouvelle position à proximité du poste de commandement du colonel Lee. Soudain, à mi-chemin, le sifflement caractéristique d’un obus arrivant droit sur lui le pousse à se jeter dans le premier trou d’homme venu. Le barrage de 105 demandé par le ltc Murray vient frapper le centre de la position du 1er bataillon du 18e d’infanterie. L’enfer passé, le colonel Lee inspecte rapidement ses troupes et les positions de l’ennemi. Pas de menace de ce côté-là.

Mais le péril ne vient pourtant pas du fond de la vallée, mais du ciel. Annonçant leur arrivée par radio, le flight de 2 Corsairs « Death Rattlers » (littéralement « les serpents à sonnettes ») entament leur phase d’approche sur la côte 207.


Les quatre containers de napalm explosent en percutant le sol sous les hourras des Marines du 5e et du ltc Murray. Mais heureusement pour Park et Lee, bien en contrebas de leur position….


Pendant ce temps là, sur Cloverleaf, les hommes du 3e bataillon nord-coréen sont cloués au sol par les tirs de soutien du 2/9. Tout mouvement ou ré-axement, leur est interdit par le feu précis des mitrailleuses et mortiers américains postés sur les hauteurs.


Leur officier, le camarade Kim demande sans relâche un tir de barrage de 120mm sur les deux compagnies du ltc Newton maintenant à portée d’arme légère de ses positions. Sur la droite, une troisième compagnie américaine dévale la pente opposée en direction de Tugok, aussitôt prise sous le feu lointain et inefficace des T34/85 situés de l’autre côté de la passe formée par les deux extrémités des collines 207 et 165 et traversée par la route centrale.


Il est maintenant 10H00. Sur la côte 207 régulièrement pilonnée par l’artillerie US, les compagnies du colonel Lee tentent de manoeuvrer pour resserrer à gauche afin d’interdire aux Marines tout débouché au sortir de Yongsan et au-delà.

Les salves répétées des Pershing et de l’artillerie ont eu raison du nid de mitrailleuses qui interdisait l’avancée des Leather Neck. Rassérénés mais considérablement amoindris par des pertes très lourdes (40%), ces derniers s’élancent à l’abris des ruines du village de Yongsan et de la sécurité provisoire que sa position en angle mort leur offre.


Il parait maintenant évident au colonel Hill qu’une avancée significative au delà du village sur les hauteur de la côte 207 soit fortement compromise, sinon impossible. De même, une trop forte concentration de troupes dans le village offrirait à l’artillerie nord-coréenne une cible de choix. L’avenir du ltc Murray au sein du corps des Marines semble compromis, à moins qu’une affectation au bureau des services d’intendance à Osaka …

Face à Cloverleaf, le chef de bataillon Kim est dans le désarroi le plus total : son dispositif de défense surplombé par l’ennemi, sans soutien arrière, impuissant à manœuvrer sous la pression constante du 2/9, pilonné par sa propre artillerie suite à une erreur de tir, recevant un ordre de retraite, puis un contre-ordre lui intimant l’ordre de tenir ses positions alors que son bataillon amorçait déjà son mouvement rétrograde en abandonnant ses retranchements…la foi du camarade Kim dans la glorieuse armée populaire est soumise à rude épreuve…

Voyant les premières lignes nord-coréennes refluer, les compagnies Abble et Baker du 2/9 poussent leur avantage et accrochent le flanc gauche du dispositif nord-coréen. Arrivés à moins de 300 mètres de leurs ennemis (donc à distance d’assaut), les Américains exploitent au mieux la supériorité que leur offre la puissance de feu de leurs BAR et M1 Garand sur l’armement hétéroclite des sections d’infanterie de l’armée populaire (PPSh, mais surtout armement japonais récupéré par les Soviétiques après leur campagne de Mandchourie).


A 11H00, l’intensité de l’engagement décroît sur la ligne de front. Au vu des premiers rapports de situation, la côte 207 est plus fermement tenue que ne l’avaient envisagé les Américains. Les Marines s’y sont cassés les dents et subis de grosses pertes. Leur seul soutien en artillerie et aviation (en comptant aussi avec les difficultés rencontrées par les opérateurs radio à établir des liaisons fiables) n’est pas suffisant pour leur ouvrir un passage sur la ligne de crête et leur permettre de lancer l’assaut prévu.


Sur Cloverleaf, l’agressivité du 2/9 combinée à une position en hauteur plus favorable offre plus d’opportunités pour créer une brèche dans le dispositif nord-coréen encore quasi intact mais violemment accroché. A cet effet, la montée en ligne du 1/9 encore bloqué à l’arrière sur de mauvaises routes encombrées de réfugiés pourrait être envisagée…

Côté nord-coréen, le 18e régiment a tenu bon grâce à sa ténacité et à son avantage en effectifs (un bataillon sur les 3 n’a pas été engagé).

Comme souvent durant le conflit coréen, les blindés n’ont pas joué de rôle notable, se contentant de supporter l’infanterie. Il convient de noter que le relief accidenté les contraint le plus souvent à rester sur les routes où ils sont facilement localisés et détruits par l’aviation en ce qui concerne les T34/85.

Comme toujours sur ce genre de terrain, « l’artillerie de poche » que représentent les mortiers a donné à plein.