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7 sept. 2009

Saïgon, Route 248, juin 1968.

Ce scénario s'inspire de faits réels :
http://www.flyarmy.org/panel/battle/68060610.HTM


DESTINATAIRE : CENTRE OPERATIONNEL – QUARTIER GENERAL MACV - SAIGON
EMETTEUR : CELLULE RENSEIGNEMENT, 25EME DIVISION
BAO : TAM-SON-NHUT
REF. : 96225 AVDCDH - 25 Juin 1968
CLASSIFICATION: Secret Défense


SUJET : Synthèse des transcriptions d’interrogatoires - débriefing d’après combat

NOM & TYPE DE L’UNITE : Compagnies A et B, 4e Bataillon, 9e Régiment d’Infanterie, 25e Division d’Infanterie

DATES DE L’OPERATION : 6-7 juin 1968

LOCALISATION DE L’OPERATION : Secteur route 248, aux environs du point coté XT851047 (ref ; carte Vietnam 1 :50000, Feuille 6330 IV, Série L8020).

CONTRÔLE & COORDINATION OPERATIONNELS : PC de la 2e Brigade, 25e division d’infanterie, BAO de Bien-Hoa, Sud-Vietnam.

NOM & GRADE DES PERSONNES INTERROGEES :
a. 1LT JESSE, Chef de compagnie, Compagnie A #ALPHA MANCHU, 4e Bataillon, 9e Régiment d’Infanterie.
b. 2LT THOMSON ; Chef de section, 1er Platoon, Compagnie A #ALPHA MANCHU, 4e Bataillon, 9e Régiment d’Infanterie.
c. 2LT ALVES, Chef de section, 3e Platoon, Compagnie A # ALPHA MANCHU, 4e Bataillon, 9e Régiment d’Infanterie

UNITES ENGAGEES : 1er, 2e et 3e Platoons, Compagnie A / 1er Platoon, Compagnie B, 4e Bataillon, 9e Régiment d’Infanterie, 25eDivision d’Infanterie.

UNITES DE SOUTIEN:
a. 1st Battalion, 8th Artillery.
b. 3rd Battalion, 13th Artillery.
c. 116th Assault Helicopter Company.
d. 25th Aviation Battalion.
e. 604th Tactical Fighter Squadron.
f. 352nd Tactical Fighter Squadron.
g. 531st Tactical Fighter Squadron.
h. 614th Tactical Fighter Squadron.
i. 615th Tactical Fighter Squadron.
j. 31st Tactical Fighter Wing.
k. 35th Tactical Fighter.

RENSEIGNEMENTS OPERATIONNELS


Le secteur ci-dessus mentionné est situé approximativement à 8 kilomètres au nord de la ville de SAIGON dans le district de LAI THIEU.
Depuis la récente offensive du Têt, il est à noter que la route 248 (à proximité du point coté XT8504) a été régulièrement le théâtre d’incidents répétés entre forces US et VC/ANV.


La route 248 suit une orientation générale nord-sud longeant à l’ouest la rivière SAIGON. Ces deux axes (terrestre et fluvial) offrent aux forces VC/ANV l’opportunité de relier les zones urbaines de la capitale à partir du « triangle de fer » (actuellement en phase de pacification).


Le terrain est couvert par des exploitations agricoles de petites superficies (principalement plantées en vergers) enserrées dans un réseau dense de haies, sentiers et canaux d’irrigation. Le paysage est ponctué de hameaux. Ce maillage extrêmement serré joint à la densité du couvert végétal (favorisé par la dernière mousson) a fourni à l’ennemi de nombreuses opportunités de camouflage pour ses retranchements et embuscades.


Les informations fournies par plusieurs reconnaissances aériennes et interrogatoires de prisonniers ou déserteurs VC/NVA croisées et recoupées avec d’autres sources émises par les services de renseignement sud-vietnamiens avant le 6 juin ont indiqué la présence d’éléments dispersés du 101e régiment de l’Amée Populaire du Nord-Vietnam. Cette unité a été activée lors de la seconde phase de l’offensive du Têt, fin février début mars 1968.

L’interrogatoire de paysans suspectés d’être membres de la guérilla locale (unités logistiques et de ravitaillement) et capturés par le 2e platoon ALPHA MANCHU lors de l’opération dont il est question dans le présent rapport nous a permis de confirmer que l’assaut héliporté a été mené au centre même de la base fortifiée occupée par un bataillon du 101e régiment NVA.

MISSION
La mission préalablement confiée à ALPHA MANCHU pour la date du 6 juin 1968 consistait à établir une ligne de barrage fixe à hauteur de la route 248 (point côté XT782058). Une fois ALPHA MANCHU positionnée, BRAVO MANCHU devait être héliportée sur la LZ WALKER (point coté XT805050) à 1500 mètres plus à l’ouest et rabattre l’ennemi sur la ligne de blocage.
Conformément à la procédure habituelle, les deux zones de posé ont été préalablement traitées par les Gunships (hélicoptères canons) 30 secondes avant l’atterrissage de l’infanterie.

EXECUTION ET RESULTATS
Le texte qui suit se rapporte à la synthèse de l’interrogatoire des personnes ci-dessus désignées.

Question : Pouvez vous nous donner les coordonnées de votre point d’insertion et décrire les conditions de l’assaut héliporté?

Réponse [LT THOMSON] : 30 secondes avant l’atterrissage, le co-pilote du Huey m’a indiqué que la LZ était en vue. J’ai averti les hommes du premier groupe avec qui j’étais dans l’hélico de tête.
Les gunships [de la116th Assault Helicopter Company] finissaient de préparer le terrain.
Nous nous sommes posé à l’endroit prévu [point côté XT782058]. J’ai été le premier a débarquer. Les deux autres slicks [hélicoptères de transport] nous suivaient à 20 mètres. Les mitrailleurs de portes ont arrosés les taillis en tir de couverture.



Question : la LZ était-elle « chaude » ?

Réponse [LT THOMSON] : Pas sur le moment, mais peu de temps après nous être posés l’ennemi [estimé à un groupe de combat] a ouvert le feu de la lisière d’un bois à 150 mètres vers l’est. Nous avons tout de suite reconnu le son des AK47. Le tir adverse est resté heureusement sans effet et les hélicos ont pu dégager sans problème. Les 1er et 2e groupes se sont abrités dans le fossé qui borde la route et ont répliqué avec leur M16, M60 et lance-grenades. L’observateur d’artillerie s’est dangereusement exposé pour localiser précisément la position ennemie, mais sans pouvoir transmettre les coordonnées de tir. L’échange de feu a duré une à deux minutes, je pense que nous avons du finir pas les avoir.



Question : Avez-vous procédé à l’inspection de la position ennemie neutralisée ?

Réponse [LT THOMSON] : Négatif, notre souci immédiat était d’élargir le périmètre de sécurité jusqu’aux haies qui bordent les rizières à l’ouest pour accueillir le reste de la compagnie qui suivait à 5 minutes d’intervalle. Le Lieutenant JESSE s’est posé à ce moment précis.


Question : Pourquoi, en tant que chef de compagnie, n’avez-vous pas été le premier à débarquer sur zone comme le stipule la procédure habituelle ?

Réponse [LT JESSE] : L’ordre d’opération émanant du bataillon est arrivé tard. J’ai personnellement reçu mes instructions en vol. Dans la confusion qui a précédé l’embarquement, on a oublié de me remettre les cartes, j’ai du emprunter celle du pilote, d’où mon retard. En outre, le colonel supervisait déjà l’insertion d’ALPHA MANCHU de son PC héliporté [sourire en coin du lieutenant].

Question : Avez-vous vous-même supervisé l’insertion de reste de la compagnie une fois au sol ?

Réponse [LT JESSE] : Oui, nous devions insérer le deuxième platoon comme convenu dans le périmètre de sécurité, puis le troisième. Quand je suis arrivé au sol, moi-même et mon groupe de commandement avons servi de cible à un sniper qui devait être positionné au nord, dans les habitations qui bordent la route. Nous avons du nous réfugier dans le fossé qui borde la route, sans visibilité. A ce moment, le colonel m’a demandé de coordonner l’insertion du troisième platoon en dehors du périmètre, plus au nord.


Question : C’était une solution risquée avec la présence de tireurs d’élite. Avez-vous demandé une couverture aérienne ou d’artillerie ?

Réponse [LT JESSE] : Négatif, nous n’avions pas d’acquisition visuelle de la cible et nos hélicos arrivaient sur zone. En outre, l’observateur aérien faisait partie de la deuxième vague.

Question : Avez-vous à un moment ou un autre suspecté que le secteur abritait une forte concentration ennemie ?

Réponse [LT JESSE] : [moment d’attente, hésitation] heu, le colonel nous informait en continu par radio de plusieurs spots [mouvements suspects]. On peut dire qu’il y en avait partout, mais impossible de savoir s’il s’agissait de civils ou de charlies, rien ne pouvait nous avertir que les choses allaient si mal tourner vu le peu de résistance rencontrée à ce moment précis.

Question : Les 2e et 3e platoon sont arrivés à ce moment ?

Réponse [LT JESSE] : Oui, simultanément. Le deuxième est arrivé comme prévu au centre du périmètre. Du village voisin, cette fois ci au sud, une mitrailleuse AA s’est découverte et s’est déchaînée sur l’appareil de file au plus mauvais moment, lorsque celui-ci était en final sur l’aire de posé. Une dizaine d’impacts ont perforé la turbine et le rotor arrière, le crash était inévitable. Une chance que l’appareil ne se soit pas écrasé en dehors du périmètre ou sur mes hommes. Ce fut nos premières pertes dans cette funeste journée : un groupe de combat.



Question : Est-ce la raison pour laquelle le 3e platoon s’est posé en dehors du périmètre ?

Réponse [LT ALVES] : Négatif, il y a eu incompréhension avec le chef de bataillon. A ce moment, nous avons reçu un contre-ordre émanent du colonel : BRAVO MANCHU venait en soutien d’ALPHA, la troisième section devait étendre le périmètre au nord…


Question : …donc en direction du sniper préalablement repéré ?

Réponse [LT ALVES] : C’est bien cela, mais cette information nous a été communiqué au moment de l’atterrissage quand ce dernier tentait déjà de faire un carton sur l’appareil de tête. Une ou deux balles ont pénétré dans l’habitacle et le pilote a remis les gaz, mes hommes ont juste eu le temps de gicler pour se retrouver cloués à couvert derrière une haie face au village.

Au même moment, les deux appareils qui suivaient ont repéré une dizaines de charlies qui décampaient le long d’une haie de l’autre coté de la rizière. Les mitrailleurs de porte ont arrosé leur position et ces derniers ont filé à couvert des bambouseraies sans recevoir de pertes.


Nous nous sommes immédiatement lancés à leur poursuite…

Question : Avez-vous pensé à couvrir vos arrières ?

Réponse [LT ALVES] : [soupir] Dans ce genre de situation, il faut faire vite et frapper fort…j’ai lancé l’ensemble de ma section à leur poursuite. Le sniper continuait de nous prendre pour cible, mais c’est un risque à prendre… nous n’avons d’ailleurs reçu aucune perte.

Question : Avez-vous rattrapé l’ennemi qui tentait de s’enfuir ?

Réponse [LT ALVES] : J’ai demandé une frappe de harcèlement [aux pièces de 105mm du 13 d’Artillerie] à 50 mètres au-delà de la lisière de la bambouseraie, nous pouvions entendre le bruit de leur course, je crois que nous les avions pris la main dans le sac. J’ai immédiatement demandé à mes deux groupes de gauche de se déployer pour pénétrer dans les taillis tandis que le groupe de droite couvrait mon flanc.


Question : Je repose ma question, avez-vous rattrapé l’ennemi ?

Réponse [LT ALVES] : C'est-à-dire que…en fait…l’ennemi n’était plus où nous pensions le trouver. Il y avait par contre une position, heu…un bunker non repéré sur notre droite, de l’autre côté du massif de bambous. Ils ont ouvert le feu à courte portée sur le groupe de tête et sur mon groupe de droite qui offrait son flanc, nous avons eu des pertes..

Question : Quelle fut votre réaction ?

Réponse [LT ALVES] : J’ai demandé un support d’artillerie sur le bunker, à moins de 50 mètres. N’ayant pas d’observateur rattaché, j’ai transmis les coordonnées de tir à la batterie de 105. Le tir est tombé trop court, heu…sur ma section. Il y a eu des pertes…


Question : Quelle fut la réaction de l’ennemi ?

Réponse [LT ALVES] : A l’ abri de son bunker, l’ennemi se sentait parfaitement à l’aise pour maintenir le feu sur nous. C’est alors qu’une autre section NVA est apparue soudainement à 250 mètres, face à l’emplacement exacte de notre ancienne position, en fait dans notre dos…. Et … il y a eu des pertes [le LT ALVES est pris de tremblements, nous suspendons l’interrogatoire et nous lui apportons un verre d’eau]

Question : A ce stade, votre compagnie a déjà perdu 11 KIA (Killed In Action) et 18 WIA (Wounded inAction).

Réponse [LT JESSE] : Est-ce une question Monsieur ?

Question : Non, c’est un fait que j’aimerais que vous confirmiez, j’aimerais aussi que vous m’indiquiez votre estimation des pertes ennemies.

Réponse [LT JESSE] : A ce moment, mes deux platoons ont capturé une demi-douzaine de suspects. L’interrogatoire confirmera qu’il s’agissait de coolies et terrassiers ennemis.

Question : Pas de combattants, pas d’armes capturées ? Qu’en est-il de la mitrailleuse lourde qui a descendu votre appareil ?

Réponse [LT JESSE] : Négatif, pas de pertes ennemies confirmées Monsieur.

Question : Avez-vous utilisé l’énorme potentiel de soutien que la brigade vous avait alloué ?

Réponse [LT JESSE] : Négatif, le terrain était très compartimenté et la visibilité restreinte. Soit l’ennemi se dévoilait à l’abri de bunkers à très courte portée, nous fixant à couvert, nos frappes risquaient donc de tomber trop courtes encore une fois ; soit l’ennemi était extrêmement mobile et décrochait sans cesse, il était virtuellement impossible d’appeler un support dans un laps de temps si court. De plus, il semble bien que nos observateurs étaient aisément repérés par les snipers ennemis et constamment pris pour cible.


Question : Avez-vous tenté de manœuvrer pour acculer l’ennemi dans une impasse, avez-vous demandé des renforts ?

Réponse [LT JESSE] : Affirmatif, nous avons reçu bien tardivement [le lieutenant appui sur le terme « tardivement »] le soutien du premier platoon de BRAVO MANCHU.


Question : Comment avez-vous exploité ces renforts ?

Réponse [LT JESSE] : Le troisième platoon ALPHA MANCHU étant cloué au sol et cerné par l’ennemi, j’ai obtenu du colonel la permission d’envoyer d’urgence le premier platoon de BRAVO MANCHU pour dégager le lieutenant ALVES et ses hommes. Nous avons convenu de manœuvrer par l’ouest pour prendre les bunkers viets à revers.

Question : La manœuvre à t’elle portée ses fruits ?

Réponse [LT JESSE] : C’est à dire….leur position était couverte par une seconde ligne qui protégeait leur flanc…



Question : Avez-vous pu donner l’artillerie ou l’aviation ?

Réponse [LT JESSE] : C’est à dire….nos hommes sont tombés sous le feu des viets à découvert, et pour ainsi dire au contact de leur bunker. Nous devions déjà les dégager, mais ils étaient fixés par le tir ennemi d’un groupe de combat et d’une mitrailleuse lourde.

FIN DE L’INTERROGATOIRE

POUR INFORMATION :
La nuit venue, les quatre sections se sont regroupées à proximité de la route 248 pour former un périmètre de sécurité. Au petit matin, après avoir évacué les blessés et les KIA, le colonel a ordonné l’extraction des quatre sections par hélicoptère, sous couverture des gunships, sans réaction de l’ennemi.
Il semble qu’à ce moment, Charlie avait déjà évacué la zone à l’abri de l’obscurité.
Le jour suivant, la deuxième brigade préconisait de sulfater la zone au défoliant (Agent orange) après avoir préalablement laissé l’aviation « traiter » abondamment le secteur.

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