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17 juin 2013

La passe d'El Mokhtar, Sahara : 1904 - fiction



LES COMBATS AU MAROC ET DANS LE SUD ORANAIS
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LE CHÂTIMENT DE ZENAGA

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Le triomphe de l’artillerie – Déroute des rebelles - La poursuite suspendue
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L’honneur le commandait, la France l’exigeait !

Ainsi donc, le 16 janvier, au lever du jour, le général Flageolet a donné l’ordre de bombarder le ksar de Zénaga. Ce repère de bandits a été complètement détruit. Justice est faite. Six cents obus à la mélinite furent lancés par nos pièces de 75 à tir rapide : tous les projectiles portèrent avec une admirable précision.

L'effet du bombardement fut foudroyant : les obus éclataient à l'intérieur des bâtisses qui formaient caisse à air, et faisaient tout sauter. Quelques obus furent ensuite lancés sur l'oasis de Bouarfa, située à une très grande distance, de façon à montrer aux Marocains la puissance et la portée des canons français.

Le général Flageolet vient de prouver avec éclat qu'il méritait pleinement la confiance que le pays a en lui. L’attaque vigoureuse de notre artillerie a mis l’ennemi en déroute. La plus grande partie des rebelles ainsi que leur chef, Omar Zaharun, ont pris soin de fuir lâchement pour se mettre à l'abri de nos projectiles.

Pour le moment, nos vaillantes troupes bivouaquent sous les murailles de Zénaga, le cœur satisfait du devoir accompli et l’âme apaisée de voir enfin nos couleurs flotter sur les ruines du ksar rebelle. Mais nos braves ne comptent pas en rester là et le général nous déclare qu’il compte bien rattraper Omar, jusque dans l’antichambre du sultan s’il le faut, afin de lui administrer la juste punition méritée par ses odieux méfaits.

La poursuite doit reprendre vigoureusement vers l’ouest sitôt que le précieux convoi de ravitaillement, parti du fort El-Azeoudj sous les ordres du lieutenant Pépin de la Panade, aura rallié Zénaga.
  


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DERNIERE DEPÊCHE
LE CONVOI DE RAVITAILLEMENT ATTAQUÉ !
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Une lettre de Beni Ounif – Récit d’un soldat – Les « Joyeux » au feu !
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La punition des rebelles de Zénaga n’a décidément eu que peu d’effet. Certes, ils ont vu avec épouvante notre artillerie détruire en quelques minutes un de leurs camps retranchés, mais le désert, lui, leur est resté.

L’attaque est survenue le 18 janvier entre El-Azeoudj et le poste de Beni Ounif, précisément à hauteur de la passe d’El Mokhtar, peu avant l’étape du puit d’Asafar. Elle a été perpétrée par une troupe de pillards évaluée à neuf cents, furieux et fanatiques, décidés à tout enlever et à ne pas faire de quartier.

La caravane, composée de cent-vingt chameaux, était escortée par un peloton de chasseurs et une compagnie du 1er bataillon d’infanterie légère d’Afrique sous les ordres du lieutenant Pépin de la Panade.

Un de nos lecteurs nous adresse à l’instant la lettre suivante qu’il vient de recevoir d’un ami, un modeste soldat des Bat d’Af ayant personnellement pris part au combat.
Nous respectons la forme des impressions de ce jeune "joyeux" ; sa lettre, où son rôle reste effacé volontairement, dénote bien le véritable caractère du soldat français, marchant avec entrain sous le feu meurtrier de l’ennemi et souriant crânement devant la mort qui lui tend les bras.

Si le brave "joyeux" n’a pas pensé à la part de gloire qui lui revient, en revanche il reconnait la valeur et la bravoure de ses officiers et de ses sous-officiers.


Beni Ounif, le 19 janvier

Mon cher ami,

A un demi-siècle de distance du fait d’armes de leurs aïeux, les fils des combattants de Mazagran viennent de donner au monde un exemple de bravoure et d’audace !

Les Joyeux ont été enchantés de faire le coup de feu cette fois, sur un ennemi bien réel ! Il n’était plus question de silhouettes, de mirages dans les dunes ; nous avions face à nous des guerriers en chair et en os, avides de razzia et capables de nous répondre !

Certains présomptueux de la Légion avaient conclu bien vite que la Saoura était devenue des plus pacifique après leur passage, et que c’était la canne à la main que l’on pouvait s’y promener en toute quiétude. Les événements que je vais te raconter les ont fort détrompé !

J’en ai été témoin oculaire, puisque combattant ; voici les faits sans parti pris, sans animosité, en toute sincérité.


Il faut tout d’abord savoir que, durant les deux premiers jours de marche, nous avons plusieurs fois reçu la visite des maraudeurs rebelles.


 Tels des vautours, par groupes de deux ou trois, parfois solitaires, ces impudents se rappelaient à notre bon souvenir, apparaissant au  sommet d’un éperon rocheux ou au détour d’une dune escarpée, en prenant bien garde de se poster au-delà de la portée de nos fusils.


A maintes reprises, le lieutenant fit donner la cavalerie mais sans succès, car l’ennemi se dérobait dans l’instant et nos braves cavaliers se plaignaient d’épuiser bien inutilement leurs montures.


Aussi fûmes nous fixés quand, nous présentant face à la passe d’El Mokhtar, peu avant le puit d’Asafar, cent-cinquante bédouins aux manteaux bleus et noirs nous y attendaient, fermement décidés à nous barrer le passage.




La chaleur est éprouvante et le  sirocco nous inonde de sable. Calme comme à la parade, le lieutenant de la Panade s’essuie le front en souriant et nous ordonne de nous porter en avant.


Oubliant les fatigues, nous avançons d’un pas alerte, la section de l’adjudant-chef Vieillepeau se glisse sur la gauche, en direction d’un marabout, alors que la section du sous-lieutenant Jolicon vient coiffer le sommet d’une dune.



A droite, les chasseurs d’Afrique s’élancent hardiment au petit trot.


Nous saluons les premières balles ennemies, les suivantes ne nous inquiètent plus.
Feu rapide !... V’lan !... Saluez !
Fervents de Mahomet, c’est Lebel qui vous envoie ses salutations les plus empressées…


Les fils du désert encaissent leurs premières pertes. Tournoyant et virevoltant sous nos tirs précis, les méharistes tentent perfidement de nous envelopper pour en fin de compte se replier piteusement.


La caravane avance.


Enhardis par ce premier succès, grisés par l’odeur de la poudre, nous marchons résolument vers l’entrée de la passe.


Soudain, alors que la fusillade s’est tue, nous percevons le grondement de cris gutturaux sur nos arrières tels un avant bruit d’outre tombe, c’est l’ennemi qui vient de recevoir ses premiers renforts, il faut se hâter !



Devant nous, la passe d’El Mokhtar semble déserte, mais nous avons appris à nous méfier des sournoiseries dont  l’ennemi est coutumier. Par précaution, le peloton du sergent-chef Soulard se déploie en tirailleurs.



Sur le flanc droit, un second peloton sous les ordres du sergent Sercu s’engage résolument sur les pentes qui mènent au piton dominant la passe.


Sur nos arrières, les chasseurs d’Afrique font le coup de feu avec les masses rebelles qui nous talonnent de plus en plus. Par des retraites feintes et de nombreux demi-tours meurtriers pour l’ennemi, nos cavaliers réussissent à subjuguer la meute lancée à nos trousses.


Sur notre front, le terrain est silencieux. Avec ses éboulis rocailleux, la passe parait encore plus sombre et semble cacher quelques obscurs guets-apens.


A droite, l’ascension du second peloton est pénible.


Tout à coup, jaillissant à la fois de la pierraille qui borde la passe et des promontoires qui couronnent la ligne de crête, l’ennemi se dévoile et ouvre le feu à courte portée !
Les premiers hommes du peloton Soulard sont fauchés et tombent immédiatement.


A droite,  les compagnons du sergent Sercu s’arrêtent, épouvantés par la vision qui s’offre soudainement à leurs yeux : devant eux, des grappes humaines sont suspendues aux rochers pendant que des masses confuses, grouillantes et hurlantes s’agitent à deux cent mètres plus haut, sur la ligne de crête.



Nous tirons salve sur salve sans pourtant causer de pertes sérieuses. De son côté, l’ennemi réplique de façon désordonnée, mais profite bien opportunément de l’avantage du nombre et de la position. Nous combattons dans un cercle de feu.

Notre situation devient critique, il est trop tard pour les demi mesures.
Calme et résolu, le lieutenant de la Panade donne l’ordre aux clairons de sonner la charge.


Stupéfait par tant d’audace, l’ennemi médusé nous voit fixer baïonnette au canon, en avant !


Au niveau du col, le groupe du sergent-chef Soulard s’est reformé en bon ordre et s’élance lui aussi à l’assaut.


Mais l’ennemi s’accroche fanatiquement à ses rochers. Le premier choc est sacrément violent et les pertes sont effroyables ; plus de la moitié des hommes sont mis hors de combat. Durant un bref  instant, la situation semble compromise, mais le peloton ne fléchi pas !

A droite, sur les hauteurs, le corps à corps est également terrible. A un contre trois, les Joyeux du sergent Sercu se battent comme de beaux diables contre deux groupes ennemis qui viennent conjointement se souder à la mêlée.


De tous côtés, les sectaires enragés escaladent les rochers pour se jeter sur nous, certains armés de poignards, prêts à nous dévorer vivants !
Notre brave sergent, l’épée d’une main, le revolver de l’autre, nous exhorte à tenir, jurant de mourir plutôt que d’abandonner le terrain si chèrement conquis.


Accourant au secours des deux pelotons engagés dans une lutte sans merci, le reste des sections de l’adjudant-chef Vieillepeau et du sous-lieutenant Jolicon viennent se jeter fougueusement dans la  mêlée.


Ce furent des minutes chaudes et mortelles, mais peu à peu, l’ennemi hésite, doute et commence à lâcher prise. Sans demander son reste, le voilà qui fuit ! Victoire !


Mais pendant ce temps là, sur nos arrières, la pression s’accroît davantage.


 L’ennemi s’est encore renforcé. La masse des sectaires mahométans fanatisés, rejoints par une horde de cent cavaliers bérabers, se précipite avec l’impétuosité d’une mer en furie droit sur notre précieux ravitaillement.



Mais fort heureusement, la passe est dégagée !


 Le convoi s’y engouffre, au delà apparaît déjà le refuge salvateur des murs d’Asafar.



Mais au loin l’on aperçoit un nuage de poussière,  un groupe de cavaliers arrive à bride abattue !… Encore des Arabes ?!…  Minute d’angoisse sans nom… Nous sommes frits ! Il faut périr sous le nombre !


Soudain, le son clair d’une sonnerie de cavalerie ! Ce sont nos braves spahis fidèles à la France qui sont accourus de Beni Ounif pour nous tendre la main !




Il n’en faut pas plus pour que les rebelles prennent misérablement la poudre d’escampette. Reviendront-t-ils ? J’en doute. Si oui, nous sommes là.


Voilà le combat d’El Mokhtar, dans ces faits les plus saillants. La satisfaction du devoir accompli est notre récompense, ce sera peut être la seule. Pour mon compte je m’en moque.

Tout à toi 


Dernières nouvelles – Ennemi : morts et blessés, chiffre approximatif, 240.
De nôtre côté : 29, quelques chevaux et chameaux.

Espérons que des distinctions honorifiques viendront récompenser, comme il convient, nos valeureux soldats.
Mais ne sont-ils pas coutumiers des actes d’héroïsme ?

5 commentaires:

  1. bravo encore un super CR , on est vraiment captivé par le récit

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  2. Stunning, I really enjoy reading your game write-ups and looking at pictures of your miniatures

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  3. Très joli récit, comme d'habitude quand on vient flâner de ce côté-ci...et très belles images, les dromadaires et les décors sont magnifiques!
    Phil.

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  4. Un magnifique CR façon geste coloniale.
    Ludiquement

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